Pré-sommet de Sherbrooke : dialoguer à propos de l’avenir pendant que la maison de l’enseignement supérieur brûle

Alors que les discussions pré-sommet, à Sherbrooke, portent sur l’avenir du financement des universités québécoises, le recteur de l’Université Laval, M. Denis Brière, déplore que la crise créée par les compressions rétroactives draconiennes qui seront imposées, à court terme et durant les deux prochaines années, par le gouvernement du Québec aux universités, ne soit pas abordée de façon sérieuse dans le cadre des discussions en cours. Aux yeux du recteur de l’Université Laval, il est clair que l’avenir de l’enseignement supérieur et des cohortes futures d’étudiants est une thématique qui mérite d’être abordée, mais pas en l’absence d’un autre débat crucial portant, celui-là, sur la recherche de solutions concrètes visant à régler l’importante crise créée par les compressions rétroactives annoncées par le gouvernement à quelques mois de la fin de l’exercice budgétaire des universités.

Même si des promesses d’investissements futurs et de grands débats sur l’importance de ces investissements éventuels sont utiles, il n’empêche que les compressions gouvernementales qui auront des conséquences néfastes voire irréparables sur le développement des universités au cours des prochaines années ne peuvent que se traduire par un recul important de la position du Québec sur l’échiquier mondial de l’économie du savoir. Les effets pervers de cette crise sur le développement économique et social du Québec sont non seulement préoccupants, mais risquent fortement d’avoir aussi de multiples effets négatifs sur la qualité de la formation de nombreuses cohortes d’étudiants et, partant, sur la qualité des services offerts à l’ensemble de la population québécoise.

Selon le recteur de l’Université Laval, il y a lieu de s’interroger sérieusement sur l’approche du gouvernement québécois qui pousse les universités à faire des déficits tout en clamant l’importance, pour le gouvernement, d’atteindre son propre équilibre budgétaire. Dans une perspective de saine gestion, le choix de cette approche apparaît étonnant voire contradictoire, et ce, d’autant plus que cette même approche est retenue dans un contexte où l’Université Laval fait, depuis plusieurs années des efforts de rationalisation et maintient, grâce à l’engagement de sa communauté, son équilibre budgétaire, malgré la sous-indexation des fonds publics pour la formation universitaire et les pressions attribuables à la crise des régimes de retraite. A cet égard, il faut rappeler que ces deux derniers facteurs représentent, à eux seuls, des défis à relever de l’ordre de 20 M$ en 2013 et de 30 M$, chaque année, pour les années subséquentes.

Transférer en quelque sorte aux universités une partie du déficit gouvernemental à ces sommes  constitue, aux yeux du recteur de l’Université Laval, un signal inquiétant de la part du gouvernement quant à sa compréhension de la situation financière actuelle très difficile des universités.

Le recteur de l’Université Laval déplore aussi le fait qu’aucune des solutions proposées par l’Université Laval au cours des dernières semaines, dont certaines ont déjà été retenues dans le passé par le gouvernement du Québec dans pareil contexte, n’ait toujours pas été acceptée à ce jour. Voilà pourquoi, il apparaît pertinent de se demander dans quelle mesure le gouvernement du Québec est vraiment conscient du fait que les compressions budgétaires rétroactives qu’il annonce sont supérieures au budget total de nombreuses facultés de l’Université, des facultés intégrant des secteurs historiquement sous-financés par l’État et dont le développement est pourtant crucial pour l’avenir de notre société.

 

Éric Bauce
Vice-recteur exécutif et au développement